top of page

"Perchés sur la gloire"

Série photographique de Xavier Perrier

Ils ont marqué leur époque, ils ont guidé leurs contemporains, ils sont même réputés avoir « écrit », en bien ou en mal, l’Histoire elle-même, mais font face aujourd’hui au seul empire qui leur résiste encore : celui de l’érosion, celui du temps… et des oiseaux !

 

Dans Perchés sur la gloire, l’Artiste photographe Xavier Perrier ne cherche ni à ridiculiser certaines des figures les plus illustres de l’Histoire humaine, ni à les encenser. Il ne s’agit pas de nier l’apport, parfois majeur, de ces « Grands Hommes » au patrimoine humain, mais de les regarder, et de les regarder autrement. De les regarder avec un œil de photographe, c’est-à-dire celui qui, par essence, capte l’éphémère, témoigne de la fugacité des choses, et révèle l’infinie beauté de leur fragilité. Art de constat, la photographie appelle, par elle-même, et par sa technique propre, à une certaine modestie de l’être humain, face au temps, face au vivant, face au mouvement perpétuel du Monde.

 

Les statues de « Grands Hommes » photographiées par Xavier Perrier sont ainsi présentées telles que le photographe les as vues : en nécessaire contre-plongée révérencieuse, mais parfois recouvertes d’excréments d’oiseaux qui viennent, non sans ironie, se percher sur la gloire.

 

Fonction sociale éminente, la statue de « Grand Homme » est alors exposée au public dans son plein paradoxe : en désirant élever l’Homme « au-dessus » de ses semblables, elle l’expose aussi, inévitablement, au regard cruel de la Nature. Ces statues deviennent alors, malgré-elles, de simples perchoirs, des points d’appui sans prestige pour les oiseaux, ces êtres ailés anonymes ne s’intéressant ni la gloire des vivants, ni la postérité des morts. De monument à la Mémoire, la statue devient, par le même geste, et par la force des choses, un abandon pur et simple à l’Oubli, et à la Modestie.

 

Laissés comme des signatures blanches sur le front, les épaules, et la dignité de ces figures historiques silencieuses, les excréments d’oiseaux viennent subtilement nous rappeler, avec une pointe d’humour, ce que l’Histoire et ce besoin profondément humain de « désigner la Grandeur » tend parfois à nous faire oublier, pour les plus jeunes, ou refouler, pour les plus âgés : face au temps, face à la Nature, face aux oiseaux, nous sommes tous égaux. L’humour rejoint ici la profondeur, et laisse pleinement la Nature reprendre ses droits, sans jugement, par simple constat photographique, dans cette indifférence tranquille qui signe les vérités les plus évidentes.

À l’heure où la figure du « Grand Homme » elle-même vacille, où la société contemporaine semble moins prête à sacraliser les destins individuels qu’à en interroger les zones d’ombre, et où le concept-même de « Grand Homme » semble s’opposer à l’émancipation souhaitée du « Petit Peuple », cette série propose un autre regard. Elle interroge sans asséner ; elle questionne sans répondre. Qu’est-ce qu’un « Grand Homme », et bénéficie-t-il d’une place privilégiée au sein de l’Univers ?

 

En définitive, Perchés sur la gloire n’est ni un réquisitoire, ni un hommage solennel. Revendiquant un regard tendre, ironique et distancié, Xavier Perrier lance un sourire en coin à ceux qui, en dominant leur époque, ont parfois cru pouvoir s’élever au-dessus de la condition humaine elle-même.

« Art de constat, la photographie appelle, par elle-même, et par sa technique propre, à une certaine modestie de l’être humain, face au temps, face au vivant, face au mouvement perpétuel du Monde ».

 

                                                                                                                                 Xavier Perrier

bottom of page